Le tonomètre mesure la pression intraoculaire (PIO) — l'examen de base du dépistage et du suivi du glaucome. C'est un instrument que l'on garde longtemps et dont l'occasion est un marché sain, à condition de vérifier un point décisif que beaucoup négligent : la calibration. Voici comment choisir sans se tromper.
1. À quoi sert un tonomètre
La pression intraoculaire est le principal facteur de risque modifiable du glaucome. La mesurer avec fiabilité, et la suivre dans le temps, conditionne le diagnostic et l'adaptation du traitement. Toutes les technologies ne se valent pas en précision, en confort patient ni en contraintes d'hygiène — et le choix dépend de votre pratique (dépistage de masse, suivi de glaucome confirmé, pédiatrie, urgences).
Point clé pour l'occasion : un tonomètre dont l'étalonnage a dérivé donne des chiffres faux — donc dangereux. La vérification de la calibration est le premier critère, avant même le prix.
2. Les grandes technologies de mesure
Aplanation de Goldmann (GAT)
Le gold standard historique, monté sur lampe à fente. Précis et peu coûteux, mais nécessite anesthésie et fluorescéine, un prisme propre, et une bonne technique. Le tonomètre de Perkins en est la version portable, utile en pédiatrie ou au lit du patient.
Air pulsé / sans contact (NCT)
Le tonomètre à air pulsé (Nidek NT-510/NT-530, Topcon CT-1/CT-800, Reichert 7) mesure sans contact ni anesthésie — idéal pour le dépistage rapide et l'hygiène. Le Reichert 7CR apporte en plus une mesure compensée de la cornée (IOPcc).
Rebond (iCare)
La famille iCare (IC100, IC200, HOME) a démocratisé la tonométrie de rebond : portable, sans goutte, utilisable assis ou couché, très appréciée en pédiatrie et à domicile. Elle fonctionne avec des sondes à usage unique — un consommable à intégrer au coût d'usage.
Technologies avancées
Le Pascal DCT (contour dynamique) et l'ORA (Ocular Response Analyzer, hystérésis cornéenne) visent une mesure moins dépendante de l'épaisseur cornéenne — utiles dans les cas complexes.
3. Les critères à évaluer à l'achat
- Calibration : la dérive est LE défaut du tonomètre d'occasion. Exigez une vérification récente (barre de contrôle pour le GAT, procédure constructeur pour les NCT).
- État du prisme (GAT) : un prisme rayé ou opacifié fausse la lecture et pose un risque d'hygiène.
- Batterie et autonomie (portables Perkins/iCare) : coût de remplacement à anticiper.
- Consommables (iCare) : disponibilité et prix des sondes usage unique.
- Compensation cornéenne : IOPcc (7CR) ou hystérésis (ORA) ont une vraie valeur clinique si votre patientèle le justifie.
- Imprimante et export (NCT) : consommable thermique, export vers le dossier patient.
4. Les modèles courants sur le marché
Côté air pulsé : Nidek NT-510/NT-530, Topcon CT-1/CT-800, Reichert 7 et 7CR équipent la plupart des cabinets de dépistage. Côté rebond : iCare IC100/IC200 (et TA01 plus ancien). Côté aplanation : le Goldmann (Haag-Streit, Zeiss) sur lampe à fente reste la référence de suivi, le Perkins pour la mobilité. Vérifiez toujours le support et la disponibilité des pièces du modèle visé.
5. Inspection avant achat : la checklist
- Calibration vérifiée et documentée (le point n°1).
- Prisme GAT propre, non rayé, désinfectable.
- Air pulsé : pompe stable, alignement automatique fonctionnel, buse propre.
- iCare : base sonde en bon état, sondes disponibles, batterie tenant la charge.
- Écran / interface : lisible, sans pixel mort.
- Imprimante thermique (le cas échéant) et papier disponible.
- Export vers votre dossier patient / DICOM si besoin.
- Marquage CE et certificat de conformité dispositif médical.
6. Fourchettes de prix en 2026
Ordres de grandeur indicatifs sur le marché de l'occasion en Europe ; ils varient selon l'état, la génération et la calibration.
| Type | Exemples | Fourchette indicative |
|---|---|---|
| Aplanation Goldmann (sur LAF) | Haag-Streit, Zeiss | 500 – 2 000 € |
| Aplanation portable | Perkins | 1 500 – 3 500 € |
| Air pulsé (NCT) | Nidek NT, Topcon CT, Reichert 7 | 3 000 – 9 000 € |
| Rebond | iCare IC100 / IC200 | 2 000 – 6 000 € |
7. Les erreurs fréquentes à éviter
Première erreur : ignorer la calibration. Un tonomètre non vérifié est un faux bon plan, quel que soit son prix.
Deuxième erreur : oublier le coût d'usage — sondes iCare, papier thermique, entretien du prisme.
Troisième erreur : négliger la cohérence du suivi. Comparer la PIO d'un patient dans le temps suppose idéalement la même technologie de mesure ; changer de méthode impose de réétalonner ses repères cliniques.
Enfin, exigez un test sur sujet et, pour le GAT, une vérification à la barre de contrôle avant règlement.